Un jour je retournerai à New-York avec toi

Il y a quatre ans, déjà, nous étions en train de faire un mini road-trip de deux semaines aux Etats-Unis en amoureux : 5 jours à New-York, 48h en Californie du sud pour un mariage, le Grand Canyon, 24h à Las Vegas et 3 jours à San Francisco …

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Un regroupement de boîtes aux lettres au bord de la route 66 (entre Joshua Tree et le Grand Canyon) 

Nous étions au plus fort de notre parcours PMA, juste après la grosse claque de la dernière stimulation simple où on y avait cru très fort, et juste avant d’attaquer les IAC …

Alors non, nous n’avons pas fabriqué notre grand H. là-bas, donc ça n’a pas marché parce que « nous étions en vacances ». Je me souviens d’ailleurs qu’en plaisantant avant notre départ avec un ami dont le premier enfant s’est fait un peu désirer et qui a priori a été conçu lors de vacances au Népal, il m’avait dit « attention, un enfant conçu aux US n’a pas la carte verte d’office, hein ! » … 😉

Mais ce voyage nous a fait un bien fou, il nous a permis de nous retrouver et de sortir de la routine des piqûres et des contrôles, et quelques mois plus tard, H. était bel et bien dans la place (potentiellement conçu chez l’ami susmentionné – vous suivez ?) …

Je n’oublierai donc jamais le fourmillement incessant d’activité, de lumières, de bruits de New-York, la relative sérénité de San Francisco en comparaison, l’immensité du Grand Canyon, la folie de Las Vegas, et le soleil de la Californie … mais je n’oublierai surtout jamais la place que ce voyage a eu dans notre vie …

Et un jour, j’espère bien retourner à New-York avec Lui, et peut-être même avec H. et J. …

Et vous, quel voyage a vraiment une place à part dans vos vies ?

Cher Naruto, [Mode MILK]

Maintenant je sais pourquoi nous t’avons trouvé dans notre jardin, ce jeudi 4 septembre 2008 …

Je me suis longtemps demandé (toujours cet esprit cartésien) pourquoi, alors que nous avions évoqué à plusieurs reprises l’idée de prendre un chat (je les adore mais Lui en avait un peu peur) mais que nous ne nous étions jamais décidés (souvent absents etc.), tu avais atterri dans notre jardin, minuscule boule de poils roux, tout maigrichon et affamé, et pourquoi, malgré toutes nos recherches dans le voisinage, nous n’avons jamais trouvé d’où tu venais …

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Ah nous avons essayé de résister, tu ne t’en souviens surement pas : « on ne le laisse pas rentrer à l’intérieur », « il fait ses besoins dehors, pas besoin de litière », « on lui donne juste un peu de lait et quelques restes mais on lui achète pas de croquettes », « bon on lui laisse l’accès à la maison quand on est là mais sinon non », « bon il faut lui acheter à manger là », « ah tiens il pleut beaucoup ces jours-ci, il vaut mieux lui mettre une litière à l’intérieur », « bon allez on n’a qu’à le laisser rentrer la nuit aussi, il fait froid maintenant, c’est l’hiver », « ah il dort dans notre lit toutes les nuits en fait » …

Et voilà, en l’histoire de quelques semaines, l’affaire était pliée … Tu n’as jamais eu l’air de regretter ton choix, pourtant nous t’en avons fait voir de toutes les couleurs : un déménagement à Londres pour 10 mois seulement (avec un trajet d’une journée et deux apparts différents sur place), puis déménagement à Paris (3 apparts différents en 4 ans – et pas de terrasse bien sûr), et retour depuis deux ans et demi dans la ville où nous t’avions trouvé (avec deux apparts différents en moins d’un an, mais là promis ça devrait s’arrêter pour un bon bout de temps – et avec une super terrasse), et bien sûr l’arrivée de deux loustics qui réclament toute notre attention …

Depuis qu’on t’a trouvé, nos amis disent que j’ai piégé mon Mari en t’achetant et en te mettant volontairement dans notre jardin, genre « oh mais regarde le pauvre il est perdu, il est trop mignon » …

Je jure que c’est faux en rigolant, mais je sais maintenant, au fond de moi, pourquoi les choses se sont passées comme ça : tu nous as choisis, ce jeudi de septembre, car tu savais que nous allions avoir besoin de toi à un moment donné de nos vies …

Tu nous as tellement apporté pendant toutes ces années, mais surtout entre début 2012 et septembre 2013, lorsque nos vies ont été comme en suspens, nous retenions notre souffle, mais toi tu nous regardais toujours aussi calmement, de tes yeux oranges, en ronronnant si fort et en jouant ton rôle d’éternel pot de colle …

Cliché n’est-ce-pas ? Le chat de la PMette … Et alors !

Depuis l’arrivée de H. et J., nous t’accordons beaucoup moins d’attention, c’est certain ; à la place de nos nombreuses caresses, tu as surtout à présent une grande asperge qui te court après pour te tirer la queue, et un bébé joufflu qui t’interpelle en poussant des charmants cris de goret dès qu’il te voit. Pourtant tu n’as pas changé d’un iota, tu vaques à tes siestes occupations la journée, et le soir tu retrouves ta place attitrée au pied de notre lit …

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Je ne ressens aucune honte à te remercier, Naruto, et à te souhaiter une vie très longue encore, maintenant que H. et J. sont là et que vous regarder « jouer » ensemble déjà me fait souvent monter les larmes aux yeux d’émotion …

Ta reconnaissante amie,

MA. ❤

Game over

Voilà, mes amis dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises, qui étaient en parcours PMA, divorcent … Mon rêve d’il y a quelques semaines n’était malheureusement pas prémonitoire du tout, bien au contraire …

Treize ans de relation, une grande maison avec beaucoup de chambres et un beau jardin achetée ensemble, une jolie chienne, un mariage en 2014, et l’envie contrariée de devenir parents depuis l’été 2011 …

Une prise en charge tardive, surement à cause d’une sorte de déni, un diagnostic en quatre lettres sans appel pour lui, une première FIV ICSI au printemps 2015 qui a donné cinq blastos et qui a conduit à quatre transferts sans aucune accroche …

Depuis le début de l’année, il agissait un peu bizarrement, il a d’abord annulé le rendez-vous de début de la FIV2, puis leur voyage de noces, et ils sont partis chacun en vacances de leur côté … Il s’est ensuite mis à sortir souvent avec des collègues, et à rentrer à pas d’heures … Une sorte de crise de la quarantaine un peu en avance … De moins en moins de marques d’attention au quotidien, un éloignement irrémédiable. Ils ont mis les choses à plat la semaine dernière, sur son impulsion à elle, mais sa décision était déjà prise visiblement … 😦

Alors, histoire banale d’un amour qui se termine ?

Ou impact, même inconscient, de l’infertilité sur ce couple ?

Je pense en tout cas que s’ils avaient eu un enfant « facilement », en quelques mois après le début de leurs essais, ils seraient encore ensemble à l’heure actuelle. Ils en auraient peut-être même eu un deuxième (comme la majorité d’entre nous dans notre bande), ils auraient fait les travaux de rénovation de leur maison qu’ils repoussent depuis des années, et ils seraient pris dans le quotidien effréné des parents …

Certains de nos amis pensent qu’il fait ça pour elle, pour qu’elle puisse avoir des enfants facilement avec un autre … Mais, elle se retrouve célibataire à 33 ans, il me semble que rien de facile ne l’attend de ce côté-là … Et surtout, c’est certainement avec lui qu’elle voulait faire des enfants, whatever it takes…

Et lui, que va-t-il faire quand il rencontrera quelqu’un qui lui plaît ? Lors d’un des premiers rendez-vous, il balancera entre le plat et le dessert « ah au fait je suis OATS, si tu veux des enfants avec moi, faudra que tu t’injectes des hormones tous les soirs pendant des semaines sans aucune garantie de résultat » ? 😦

Bien sûr, ils se seraient peut-être séparés dans quelques années – comme dit souvent mon Mari, il faut bien qu’il y ait des divorces dans notre entourage, vues les statistiques …

Mais là, je ne peux m’empêcher de penser que l’infertilité a éloigné ces deux personnes … L’injustice, comme toujours, me donne envie d’hurler, et je suis triste et inquiète pour mes deux amis … 😦

Baby blues [Mode MILK indigne]

Je suis bien obligée de me rendre à l’évidence : je suis sujette au baby blues, voire à une légère dépression post-partum …

Les symptômes sont simples à reconnaître, chez moi : j’alterne moments de pure euphorie, genre j’ai envie de me mettre dans la position de superwoman et le monde m’appartient, et moments d’abattement total, où j’ai envie de me rouler en boule sous ma couette, ou, pire, de me tirer toute seule loin d’ici (MILK très indigne, donc). Surtout, je pleure pour un rien, mais pas quelques larmes qui perlent aux coins des yeux, non, parfois, ça va jusqu’aux bons gros sanglots … Cela se manifeste surtout en fin de journée, à la tombée de la nuit, et parfois lors des réveils nocturnes … La moindre petite remarque de mon Mari, ou un comportement du bébé un peu préoccupant, comme un biberon pas terminé ou une difficulté à se rendormir, et bam, c’est parti … 😦

Cela commence à la maternité, mais bon je sais que c’est assez classique, le fameux baby blues : chute d’hormones, fatigue de l’accouchement et/ou accumulation de nuits presque blanches. Par contre, ça continue largement après, jusqu’aux trois mois de l’enfant à peu près.

Pour H., j’avais mis cela sur le compte de notre départ de Paris. Dire que je suis partie à reculons est un euphémisme, alors je pensais que mon état émotionnel « bizarre » à cette période-là était du à cela également …

Mais là, je suis bien obligée d’avouer que je ne suis pas beaucoup mieux depuis la naissance de J. … Est-ce vraiment uniquement hormonal ? Et finalement, peut-être que cela dure quelques mois à cause du manque de sommeil qui s’accumule (non J. ne fait pas encore ses nuits – mais est un bébé très facile à vivre) ? Bon, je pense que l’hospitalisation pour sa bronchiolite n’a pas aidé …

Néanmoins, ma relation avec mes bébés n’en est pas affectée, je n’ai pas de mal à m’occuper d’eux (bon sauf cas d’extrême fatigue, et je passe le relais au Papa, très présent) – je sais que cela est malheureusement une manifestation classique de la dépression postnatale. Non, chez moi, ça se manifeste « seulement » par une humeur de dogue et quelques représentations d’un spectacle son et lumière dont le thème serait « les chutes du Niagara » …

Pourtant, il ne faut pas se méprendre, je les aime, mes deux loustics, et je suis plus qu’heureuse d’avoir cette fratrie dont je rêvais depuis toujours … Parfois, mon cœur déborde d’amour et de plénitude, c’en est même effrayant (tiens, y aurait-il une explication psy à chercher par là ?) … Je sais bien que sur le papier, nous avons la vie parfaite : une relation longue et stable, de bons salaires, un appartement magnifique, et deux beaux enfants en bonne santé (ainsi qu’un gros chat orange) …

Alors, j’en ai pris mon parti : je ne peux pas lutter contre ces moments d’abattement, et je laisse venir les larmes quand elles sont là, cela ne dure jamais longtemps et après je me sens bien mieux …

Je ressens quand même un fond de culpabilité, à me mettre dans des états pareils alors que j’ai ces deux trésors, conçus pas si difficilement que cela, tandis qu’elles sont tellement nombreuses à galérer, ces mamans-dans-leur-cœur-qui-attendent-depuis-trop-longtemps-leur-enfant … 😦

Bon, par contre, autant vous dire que mon pauvre Mari ne sait pas où se mettre, à chaque fois que cela arrive … C’est un garçon très cartésien, qui n’admet pas vraiment que des hormones puissent avoir une influence sur notre comportement … Et de par notre relation très proche et complice, il cherche à comprendre ce qui ne va pas, en insistant bien – ce qui empire la « crise » je pense, et ne comprend pas quand je lui réponds que tout va bien mais que je ne peux pas m’en empêcher … 😦

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Bon, cette illustration trouvée dans Elle par ma mère résume bien les journées avec un petit bébé, et la conclusion me va : « on est hyper crevé mais (hyper) heureux ». 🙂

Mais pitié, dites-moi que je ne suis pas la seule à être dans cet état émotionnel plutôt instable après une naissance …

Je vous aime, moi non plus

Elles ont débarqué pour la première fois un matin de janvier, j’étais en cinquième … Je me souviens avoir pleurniché … Pourtant, je les attendais sereinement à ce moment-là, car ma mère m’avait tout bien expliqué …

J’ai été réglée comme du papier à musique, tout de suite, 28 jours pile poil et pas un jour de plus ou de moins … Je souffrais le premier jour -je n’ai pas pu aller à l’école une ou deux fois, mais antadys m’a sauvée …

Le jour de la rentrée de première, je rencontre mon premier amour, et quelques mois plus tard, je prends la pilule … Je vais la prendre pendant treize ans environ, avec très peu de coupures …

Fin 2011, après onze ans de relation sans nuage avec Lui, nous décidons – enfin, diront certains – de nous lancer, et je gobe mon dernier cachet début janvier 2012, tout en utilisant notre ami le latex car il ne faudrait pas que ça vienne tout de suite tout de même : j’ai un examen pro important à valider en juin … Dès début février, je guette néanmoins leur retour, ben oui, un cycle c’est 28 jours, n’est-ce-pas ?

Elles ne reviendront pas … A chaque passage aux toilettes, je les guette pourtant … Je me souviens avoir trouvé cela si ironique : les attendre avec impatience pour être rassurée sur le fonctionnement de « la machine », alors qu’après le but est de ne pas les avoir pendant neuf mois …

Pendant cette période, en plus de la peur de ne jamais être parents, je me suis sentie comme diminuée dans ma féminité, j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose à ma condition de « femme » … Je n’avais pas réalisé à quel point j’y tenais, à ces périodes qui, chaque mois, n’arrivent jamais au bon moment (par exemple pendant un voyage de noces) et dont on se plaint souvent des désagréments …

Trois gynécos différents, duphaston, clomid, moult échos, prises de sang et examens en tout genre, le diagnostic OPK, puis l’artillerie lourde – gonal, ovitrelle, decapeptyl, orgalutran et menopur, des pleurs à chaque échec (et à chacune de leur arrivée, forcément), deux inséminations, et, finalement, une bonne raison de ne pas les avoir : notre H. est en cours de fabrication … Evidemment, je reste vigilante à chaque pause-pipi, mais j’ai beaucoup de chance : zéro saignement pendant chacune de mes grossesses …

Après la naissance de H., elles me font la surprise de revenir régulièrement, plutôt tous les 30-31 jours, mais on ne va pas chipoter … Cela me semble presque miraculeux, cette « réparation », et j’en serais presque à savourer leur arrivée chaque mois … Mais, très vite, j’espère à nouveau qu’elles disparaissent pour un peu plus de neuf mois … Et une chose vraiment miraculeuse provient, quelques mois plus tard : notre J. s’installe, et je leur dis au-revoir pour quelques mois …

Hier soir, elles sont revenues en fanfare – le fameux « retour de couches », d’un coup, un dimanche à 21h, m’obligeant à courir à la petite supérette du quartier ouverte jusqu’à 22h … et je suis donc curieuse de voir quel type de cycles va s’installer à présent, après cet épisode anovulatoire extrême et deux grossesses …

Et puis un jour, elles disparaîtront peu à peu, et je suppose que cela demandera un petit temps d’acceptation, car ce sera le signe du temps qui passe, inexorablement …

Voilà, je les aime pas du tout, un peu, beaucoup, mais pas trop à la folie quand même … 😉

Rassurez-moi, nous sommes toutes pareilles sur ce sujet-là, non ?

Un an plus tard

Il y a un an, le jeudi 17 septembre 2015, le jour de mes 33 ans, après deux jours passés à me lamenter (dans ma tête – je sais me tenir) sur un nouveau cycle foiré, je débutais ce blog …

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J’ai écrit l’à-propos, la page sur notre parcours pour H. et les cinq-six premiers articles d’une traite en quelques heures. Les premières semaines, j’écrivais au moins un article par jour … A croire que le besoin d’écrire sur cette envie folle d’un deuxième enfant était bien là, irrépressible …

Aujourd’hui, un an plus tard, j’ai une année de plus, et, surtout, j’ai un enfant de plus, ce deuxième enfant que j’espérais tant, que je savais vouloir absolument depuis, allez, mes dix ans ? Quand on comprend ce qu’est une famille et qu’un frère ou une sœur nous a manqué toute notre enfance …

Et maintenant, que vais-je en faire, de ce lieu virtuel mais bien réel pour moi ? Ce lieu qui m’a permis de vous « rencontrer » et d’échanger avec vous … Je me pose la question depuis des mois, forcément …

Déjà, je ne me sentais pas bien légitime à ouvrir cet espace alors que j’avais la chance immense d’avoir déjà un enfant, après un petit parcours en PMA, et que nous n’étions en essais « que » depuis six mois … alors à présent … tout ce bonheur-sur-le-papier me semble indécent …

Pourtant, de toute évidence, j’ai toujours des choses à dire, toujours cette envie d’écrire …

Alors j’ai décidé de continuer, de ne pas passer le blog en privé (je pense quand même que mon témoignage d’OPK extrêmes – aucune ovulation naturelle en vingt mois, tout de même – peut intéresser des filles en galère, se demandant pourquoi le ciel leur tombe sur la tête – et leur donner un peu d’espoir, aussi) …

Je pourrais changer de blog, pour ne pas que des PMettes toujours sur le quai voient mes billets de MILK au carré … Mais je n’ai pas envie de séparer ces deux « époques » de ma vie, l’époque « désir d’enfant » et cette époque-ci, plus classique, du chemin tortueux qu’est la maternité (si,si) … Je suis désolée, mais je suppose que si quelqu’un n’a plus envie de me suivre, il lui suffit de cliquer en bas à droite de l’écran, n’est-ce-pas ?

Quant au nom du blog, pourquoi le changer, car ce « whatever it takes… and no regrets » marche toute la vie, je trouve …

Alors voilà, je vais vous embêter encore un peu par ici, il y aura des billets MILK/guimauve, des billets états d’âme, des billets pâtisserie (il faut juste que je pense à prendre des photos et à faire gaffe aux recettes que j’utilise quand j’en fais – assez souvent en ce moment), des billets mode peut-être, surement, et pas trop de billets vantant des articles de puériculture, promis !

J’espère que vous me ferez tout de même signe de temps en temps par ici, j’aime autant lire vos commentaires et y répondre qu’écrire les billets … ❤

Il y a trois ans …

Il y a trois ans, le samedi 7 septembre 2013, au petit matin, nous nous sommes étreints très très fort, en y croyant vraiment, comme à chaque fois depuis un an et demi …

Il y a trois ans, juste après, nous avons partagé un pain au chocolat. Post-coïtum, animal affamé …

Il y a trois ans, plusieurs fois dans la journée, nous nous sommes lancés des sourires complices comme nous en avons le secret, à la pensée de cette étreinte un peu canaille, faite à la va-vite – mais avec tout notre cœur – avant d’attraper notre train, dans le lit des amis qui nous prêtaient leur appartement cette nuit-là …

Il y a trois ans, le soir, nous avons profité à fond du mariage d’un couple d’amis, cigales, jolie robe, talons hauts, champagne et petits fours, dernière injection de Menopur dans la voiture sur le parking, Shakira, Katy Perry et Carly Rae Jepsen jusqu’au bout de la nuit …

Il y a trois ans, trois jours plus tard, nous allions faire notre deuxième insémination artificielle, le cœur battant la chamade et la tête remplie des bons moments du week-end passé …

Il y a trois ans, deux semaines plus tard, nous contemplions, avec incrédulité et le cœur battant à tout rompre, deux nettes barres roses côte à côte sur un bâtonnet blanc …

Il y a trois ans, quelques semaines plus tard, une gentille jeune femme en blouse blanche nous apprenait que le petit-haricot-dans-mon-ventre-qui-ressemblait-déjà-à-un-bébé-et-allait-devenir-notre-H semblait provenir de cette étreinte-là et pas de l’IAC …

Depuis, trois ans plus tard, le fait que notre H. ait été conçu chez nos amis est devenu une sorte de « private joke » entre nous quatre, nous habitons à présent à deux rues de leur appartement – et H. a souvent dormi dans cette même chambre lors de nos nombreux dîners, et je suis la marraine de leur fils, né quinze jours après H. …

Il y a trois ans, la veille de ce samedi-là, nous avions passé une soirée à la plage avec des amis, tous parents épanouis, et leurs enfants, dont deux tout-petits bébés. J’avais mis un point d’honneur, comme toujours, à me faire la plus belle possible (avec mon plus beau maillot et mes plus beaux abdos), à sourire et à répondre d’une voix affirmée que nous allions très bien – et à engloutir avec plaisir les bonnes choses apportées pour le pique-nique (surtout pendant que les mamans parlaient entre elles de quantités de biberons et de tailles de couches). Pourtant, à la fin de la soirée, ma gorge me faisait mal tellement elle était serrée … sentiment d’injustice, culpabilité et peur, tellement de peur …

Aujourd’hui, trois ans plus tard, je regarde avec incrédulité mes deux petits garçons …

Il me serait facile de regarder en arrière et d’affirmer que cela n’a pas été si dur que ça, que nous étions certains que cela allait marcher, et que c’est surement dans la tête, après tout, puisque cela a marché pour nous après un chouette été et pendant un super week-end …

Mais je ne le ferai pas : oui, ces vingts mois passés à espérer notre H. ont été – pour l’instant – les plus durs de ma vie. Non, ce n’est pas dans la tête, c’est juste une question de chance, une putain de chance …

Cette incertitude chevillée au corps, les montages russes émotionnelles des traitements de PMA, et cette peur sourde de ne jamais être parents, je ne les souhaite à personne, qu’elles durent six, vingts mois ou  plusieurs années …

Et pour ceux qui sont en train de le vivre, je vous souhaite bien sûr de pouvoir vous souvenir, très bientôt et pour toujours, d’un jour comme celui-là, où la chose la plus extraordinaire du monde se réalise – de n’importe quelle façon que ce soit … L’équivalent de notre samedi 7 septembre 2013 pour vous tous … ❤

#infertileunjourinfertiletoujours