Il y a trois ans …

Il y a trois ans, le samedi 7 septembre 2013, au petit matin, nous nous sommes étreints très très fort, en y croyant vraiment, comme à chaque fois depuis un an et demi …

Il y a trois ans, juste après, nous avons partagé un pain au chocolat. Post-coïtum, animal affamé …

Il y a trois ans, plusieurs fois dans la journée, nous nous sommes lancés des sourires complices comme nous en avons le secret, à la pensée de cette étreinte un peu canaille, faite à la va-vite – mais avec tout notre cœur – avant d’attraper notre train, dans le lit des amis qui nous prêtaient leur appartement cette nuit-là …

Il y a trois ans, le soir, nous avons profité à fond du mariage d’un couple d’amis, cigales, jolie robe, talons hauts, champagne et petits fours, dernière injection de Menopur dans la voiture sur le parking, Shakira, Katy Perry et Carly Rae Jepsen jusqu’au bout de la nuit …

Il y a trois ans, trois jours plus tard, nous allions faire notre deuxième insémination artificielle, le cœur battant la chamade et la tête remplie des bons moments du week-end passé …

Il y a trois ans, deux semaines plus tard, nous contemplions, avec incrédulité et le cœur battant à tout rompre, deux nettes barres roses côte à côte sur un bâtonnet blanc …

Il y a trois ans, quelques semaines plus tard, une gentille jeune femme en blouse blanche nous apprenait que le petit-haricot-dans-mon-ventre-qui-ressemblait-déjà-à-un-bébé-et-allait-devenir-notre-H semblait provenir de cette étreinte-là et pas de l’IAC …

Depuis, trois ans plus tard, le fait que notre H. ait été conçu chez nos amis est devenu une sorte de « private joke » entre nous quatre, nous habitons à présent à deux rues de leur appartement – et H. a souvent dormi dans cette même chambre lors de nos nombreux dîners, et je suis la marraine de leur fils, né quinze jours après H. …

Il y a trois ans, la veille de ce samedi-là, nous avions passé une soirée à la plage avec des amis, tous parents épanouis, et leurs enfants, dont deux tout-petits bébés. J’avais mis un point d’honneur, comme toujours, à me faire la plus belle possible (avec mon plus beau maillot et mes plus beaux abdos), à sourire et à répondre d’une voix affirmée que nous allions très bien – et à engloutir avec plaisir les bonnes choses apportées pour le pique-nique (surtout pendant que les mamans parlaient entre elles de quantités de biberons et de tailles de couches). Pourtant, à la fin de la soirée, ma gorge me faisait mal tellement elle était serrée … sentiment d’injustice, culpabilité et peur, tellement de peur …

Aujourd’hui, trois ans plus tard, je regarde avec incrédulité mes deux petits garçons …

Il me serait facile de regarder en arrière et d’affirmer que cela n’a pas été si dur que ça, que nous étions certains que cela allait marcher, et que c’est surement dans la tête, après tout, puisque cela a marché pour nous après un chouette été et pendant un super week-end …

Mais je ne le ferai pas : oui, ces vingts mois passés à espérer notre H. ont été – pour l’instant – les plus durs de ma vie. Non, ce n’est pas dans la tête, c’est juste une question de chance, une putain de chance …

Cette incertitude chevillée au corps, les montages russes émotionnelles des traitements de PMA, et cette peur sourde de ne jamais être parents, je ne les souhaite à personne, qu’elles durent six, vingts mois ou  plusieurs années …

Et pour ceux qui sont en train de le vivre, je vous souhaite bien sûr de pouvoir vous souvenir, très bientôt et pour toujours, d’un jour comme celui-là, où la chose la plus extraordinaire du monde se réalise – de n’importe quelle façon que ce soit … L’équivalent de notre samedi 7 septembre 2013 pour vous tous … ❤

#infertileunjourinfertiletoujours

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12 réflexions sur “Il y a trois ans …

  1. Ton article m’a tiré quelques larmes, moi qui avait tellement peur (ma mère a eu du mal à tomber enceinte) et qui tombe enceinte juste en regardant le Breton sans contraception (oui, je sais, c’est pas juste …)
    J’espère comme toi que toutes les personnes qui attendent pourrons un jour regarder en arrière en se remémorant ce petit miracle qu’est de fabriquer la vie ^^. Surtout quand on connaît les tristes chiffres de la PMA.

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    1. Ce n’est pas juste pour ceux qui galèrent, mais tant mieux si cela se passe facilement pour vous ! Cela devrait en être ainsi pour tout le monde, mais bon, si la vie était juste et facile, on le saurait, hein … 😦

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  2. C’est super beau… une très belle histoire ❤ (sauf les moments le cœur et la gorge serrés, évidemment). J'aurais aimé pouvoir raconter la même, même étreinte, même mariage, celui de ma meilleure amie, et le + deux semaines plus tard, sauf que ce + n'aura pas tenu… mais finalement mon petit M. et le fils de ma meilleure amie, qui se mariait ce jour-là, ont 6 mois d'écart aujourd'hui, c'est joli aussi.

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  3. Pour moi l’attente aura duré 3 ans avant enfin d’avoir une grossesse viable. Je n’ai rien oublié, la douleur, l’incertitude…. Je suis d’accord avec toi, moi aussi j’ai eu de la chance et j’ai trouvé le bon medecin, celui qui a decouvert que j’etais opk (ap 3 ans d’essai, il etait temps) et le traitement qui me convenait. Si j’etais restée dans mon ancien centre, je suis convaincue que je n’aurais jamais eu d’enfant.
    J’ai énormément de chance j’en suis très consciente.

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    1. Oui enfin il faut remettre les choses à leur place : avoir énormément de chance ce serait de tomber enceinte « facilement », sans traitement médicamenteux, et pas d’avoir attendu trois ans ! C’est énorme trois ans … 😦
      Mais bien sûr l’essentiel c’est que votre petit soit là, en bonne santé … même si on n’oublie rien, comme tu le dis …
      Je suis néanmoins d’accord que, souvent, en PMA, il faut un peu « provoquer sa chance », justement, notamment en changeant de centre et/ou de médecin, en demandant des examens complémentaires … Ce n’est pas facile car on a tendance à faire confiance au corps médical, c’est normal …
      J’espère que tout va bien pour vous, bises.

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  4. Beau récit Marie et porteur d’espoirs pour celles qui galèrent. C’est très important l’espoir ! Quand je vois votre histoire à toi et Madame Ourse, je me dis « allez moi aussi je vais un deuxième et sans PMA cette fois », ça ne changera peut être rien mais ça donne quand meme plus le moral. C’est vraiment important. Et oh que oui en centre PMA, il faut prendre les choses en main, c’est d’ailleurs ce que j’ai trouvé le plus usant. Il faut toujours prendre les devants, rappeler…on peut pas dire qu’on soit cocoonés. Profites bien de tes loulous !

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    1. Merci pour ton commentaire ! Je te souhaite la même « chance » que nous alors …
      Je suis d’accord avec toi : on est absolument pas choyé en PMA c’est clair. Moi qui déteste le téléphone, je devais sans cesse prendre sur moi pour appeler le secrétariat pour les rdvs, les directives et/ou des questions …
      Bises !

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